lundi 14 octobre 2013

Chroniques : Même pas mort et Bêtes de Somme

Même pas mort

Avant la sortie de Même pas mort, Jean-Philippe Jaworski était essentiellement connu pour ses récits du Vieux Royaume : Janua Vera, un recueil de nouvelles, et Gagner la guerre, un roman narré par le truculent Benvenuto Gesufal.
Au travers des diverses interviews et récits qu’il donne, on devine un féru d’histoire qui sait captiver son public comme son lecteur. C’est donc après des recherches approfondies qu’il entame sa trilogie Les Rois du Monde, qui se déroule chez les Celtes continentaux. Inhabituellement, cette trilogie est découpée en « branches », hommage aux récits celtiques, gallois et irlandais (comme, par exemple, Les quatre branches du Mabinogi). Ici, le chiffre 3 n’est pas anodin, nouvel hommage à la mythologie qu’il va explorer dans cette histoire.

D’ailleurs, que ce passe-t-il dans cette histoire ? Introduite par les justifications de Bellovèse de mettre sa vie en récit, nous découvrons le narrateur du livre à un âge avancé. Puis il entreprend de nous conter pourquoi il n’a pas succombé au combat malgré une blessure mortelle. Entre souvenirs et délires, nous en apprenons plus sur son enfance, faite de mauvais coups qu’il mène avec son frère et de légendes forestières. L’intrigue elle-même apparaît peu mais elle ne nous lâche pas non plus : pourquoi, après avoir exilé les enfants de son beau-frère dont il a conquis le titre de roi, les envoyer au combat ?


Si cette première branche lance l’intrigue de la trilogie, c’est par touches diluées dans un roman d’ambiance. Nous rencontrons un Bellovèse adulte, à peine revenu des morts, mais nous suivons en grande partie l’histoire de son enfance. Du moins, cet aspect là de l’histoire m’a le plus marquée. J’y ai trouvé un goût de légendes, avec ses créatures cruelles, amusées, évanescentes ou immenses, entre le délire et le jeu d’enfant.

La marche forcée de Bellovèse adulte jusqu’à sa mort représente tout de même une part non négligeable du livre, d’autant qu’elle est chargée de belles descriptions, de moments forts et, encore, de légendes, de croyances. Plonger dans cet aspect-là de la culture celtique m’a beaucoup plu, et deviner à quel cours d’eau correspond celui-ci, à quel peuple correspond celui-là, est un jeu qui donne une nouvelle perspective à l’histoire. Si je ne me suis pas trompée, elle se déroule bel et bien dans ce qui deviendra la France ! On peut se dire : hé, mais j’ai marché dans les traces de Bellovèse ! – au moins un tout petit peu.

Quant à la narration, j’y ai retrouvé avec délices la patte de Jaworski : un style soigné, recherché, soutenu, mais sans être en désaccord avec son personnage. Grâce à son travail, fond et forme se retrouvent en adéquation quasi parfaite. Ambiances et décors sont au rendez-vous, souvent teintés d’onirisme, d’une pointe de mélancolie presque.

Pour revenir sur les légendes et les croyances, que ce soit durant l’enfance ou le voyage, elles donnent une teinte très particulière au roman. Entre épopée mythique et narration historique, le récit en est enrichi d’une dimension toute particulière. Bien entendu, entre le style de Jaworski et cela, le roman peut en devenir difficile d’accès mais il vaut largement la peine que l’on se donne pour le lire.

Même pas mort, Première branche de Rois du Monde


Bêtes de somme


Derrière ses dessins mignons, ses personnages animaliers et sympathiques, ses histoires courtes, se cache un aspect bien plus glauque que l’on pourrait l’imaginer à la couverture. À cette seule illustration, c’est une BD que j’aurais pu offrir à un enfant, mais il n’en est rien après lecture. Les aventures de nos détectives du paranormal vont en baver, leurs amis aussi, et si les mystères sont résolus, les historiettes ne se finissent pas bien pour autant.
Heureusement, les personnages, chacun caractérisé à gros trait mais ça marche, apportent chacun une petite touche de détente à l’histoire, un moment où l’on peut respirer, parfois même rire, avant d’y retourner. Cador et Sans-Famille sont officiellement mes petites favoris !
Le style graphique à l’aquarelle, les dessins soignés, les scénarios simples mais prenants, les personnages attachants, une somme de choses qui m’ont fait penser à l’excellente BD Blacksad.
Bref, j’attends avec impatience de lire le tome 2 !<
>Bonnes lectures,

Nariel Limbaear